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Guides pratiques

Guide pratique : créer une entreprise au Cameroun en 2026

Me. Paul Biya Nkomo26 mars 202610 min
Guide pratique : créer une entreprise au Cameroun en 2026

Image : Unsplash (licence libre)

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Introduction

Le Cameroun, avec son économie diversifiée et sa position stratégique en Afrique centrale, attire de nombreux entrepreneurs. La création d'entreprise y est encadrée par le droit OHADA (Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires) et par des dispositions nationales spécifiques. Ce guide détaille les étapes indispensables pour formaliser votre projet entrepreneurial en 2026.

Étape 1 : Choisir la forme juridique adaptée

Le choix de la forme juridique est déterminant. L'Acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et du GIE (AUSCGIE) prévoit plusieurs options :

L'Entreprise Individuelle

C'est la forme la plus simple. L'entrepreneur exerce en son nom propre, sans capital minimum. Elle convient aux activités de petite envergure, mais expose le patrimoine personnel du dirigeant.

La Société à Responsabilité Limitée (SARL)

C'est la forme la plus courante. Depuis la réforme de l'AUSCGIE, le capital social minimum est fixé à 100 000 FCFA. La SARL peut être constituée par un associé unique (SARLU) ou jusqu'à 100 associés. La responsabilité est limitée aux apports.

La Société Anonyme (SA)

Réservée aux projets d'envergure, elle requiert un capital minimum de 10 000 000 FCFA et au moins un actionnaire. Elle est obligatoire pour certains secteurs réglementés (banques, assurances).

La Société par Actions Simplifiée (SAS)

Introduite par la réforme de 2014, la SAS offre une grande souplesse statutaire. Le capital minimum est de 100 000 FCFA. Les associés définissent librement les règles d'organisation dans les statuts.

Le Groupement d'Intérêt Économique (GIE)

Le GIE permet à des entreprises existantes de mettre en commun certaines activités. Il ne requiert pas de capital minimum.

Étape 2 : Rédiger les statuts

Les statuts sont l'acte constitutif de la société. Conformément aux articles 10 à 16 de l'AUSCGIE, ils doivent obligatoirement mentionner :

  • La forme de la société
  • Sa dénomination sociale (vérifier la disponibilité auprès du RCCM)
  • La nature et le domaine de son activité (objet social)
  • Le siège social (adresse physique au Cameroun)
  • La durée de la société (99 ans maximum)
  • L'identité des associés et leurs apports respectifs
  • Le montant du capital social et la répartition des parts
  • Les modalités de fonctionnement (gérance, assemblées, prises de décisions)

Conseil pratique : faites rédiger ou au minimum relire vos statuts par un professionnel du droit. Des statuts mal rédigés sont source de contentieux ultérieurs, notamment en matière de cession de parts ou de dissolution.

Étape 3 : Déposer le capital social

Le capital doit être déposé auprès d'un établissement bancaire ou d'un notaire. Pour une SARL, au moins la moitié du capital doit être libérée lors de la constitution (article 311 AUSCGIE). Le solde doit être libéré dans un délai de deux ans.

La banque ou le notaire délivre une attestation de dépôt de fonds, document indispensable pour la suite des formalités.

Étape 4 : Passer par le CFCE (guichet unique)

Le Centre de Formalités de Création d'Entreprises (CFCE) est le guichet unique pour la création d'entreprises au Cameroun. Créé par la loi n° 2016/014, il centralise les démarches auprès de plusieurs administrations.

Documents à fournir au CFCE

  • Statuts signés (originaux en 6 exemplaires)
  • Attestation de dépôt de fonds
  • Casier judiciaire du ou des gérant(s) (bulletin n° 3)
  • Copie certifiée de la CNI ou du passeport des associés et gérants
  • Plan de localisation du siège social
  • Formulaire de déclaration d'existence (formulaire M0)
  • Attestation de domiciliation (bail ou titre de propriété)

Ce que le CFCE effectue pour vous

En un seul dépôt, le CFCE réalise :

  1. L'immatriculation au RCCM (Registre du Commerce et du Crédit Mobilier) — attribution du numéro RCCM
  2. L'inscription au fichier statistique — attribution du numéro statistique (NIU)
  3. L'immatriculation fiscale — attribution du numéro d'identifiant unique
  4. L'affiliation à la CNPS (Caisse Nationale de Prévoyance Sociale) — numéro employeur
  5. La publication au journal d'annonces légales

Délais et coûts

Le délai officiel est de 72 heures, mais en pratique il faut compter 5 à 10 jours ouvrables. Les coûts varient selon la forme juridique :

Forme juridiqueCoût total estimatif au CFCE
Entreprise individuelle41 500 FCFA
SARL / SAS109 000 à 170 000 FCFA
SA200 000 à 350 000 FCFA

Ces montants incluent les frais d'immatriculation RCCM, de publication, et les frais notariés le cas échéant.

Étape 5 : Obligations post-création

Une fois l'entreprise créée, l'entrepreneur doit respecter plusieurs obligations :

Obligations fiscales

  • Déclaration d'existence auprès du centre des impôts compétent dans les 15 jours suivant le début d'activité
  • Tenue d'une comptabilité conforme au Système Comptable OHADA (SYSCOHADA)
  • Déclaration et paiement de la TVA (taux de 19,25 % au Cameroun) si le chiffre d'affaires annuel dépasse 50 millions FCFA
  • Paiement de la patente et de l'impôt libératoire selon le régime fiscal applicable
  • Déclaration statistique et fiscale (DSF) annuelle

Obligations sociales

  • Immatriculation des salariés à la CNPS dans les 8 jours suivant l'embauche
  • Paiement des cotisations sociales : allocations familiales (7 %), accidents du travail (1,75 à 5 %), assurance vieillesse (4,2 % employeur + 2,8 % salarié)
  • Respect du SMIG : 41 875 FCFA par mois

Obligations juridiques

  • Tenue des assemblées générales annuelles (obligatoire pour les sociétés)
  • Dépôt des états financiers au greffe du tribunal de commerce
  • Mise à jour du RCCM en cas de modification (changement de gérant, augmentation de capital, transfert de siège)

Les erreurs à éviter

  • Négliger la vérification de la dénomination sociale : un nom déjà pris entraîne le rejet du dossier
  • Confondre siège social et domiciliation : le siège doit être un local réel et identifiable
  • Omettre la publication légale : elle conditionne l'opposabilité de la société aux tiers
  • Ignorer le régime fiscal applicable : le choix entre régime réel, simplifié ou impôt libératoire a des conséquences financières majeures

Conclusion

Créer une entreprise au Cameroun en 2026 est un processus structuré et relativement rapide grâce au CFCE. Le cadre OHADA offre une sécurité juridique appréciable pour les entrepreneurs. Toutefois, un accompagnement juridique dès la phase de conception du projet permet d'éviter des erreurs coûteuses et d'optimiser la structure de l'entreprise.

Sources :

  • Acte uniforme OHADA relatif au droit des sociétés commerciales et du GIE (AUSCGIE), révisé le 30 janvier 2014
  • Loi n° 2016/014 du 14 décembre 2016 fixant les conditions de création, d'organisation et de fonctionnement des Centres de Formalités de Création d'Entreprises (CFCE) au Cameroun
  • Code Général des Impôts du Cameroun (CGI), édition 2026
  • Décret n° 2016/0702/PM du 29 mars 2016 fixant les conditions de création des entreprises au Cameroun
  • OHADA.com — Portail du droit des affaires en Afrique

Images : Unsplash (licence libre)

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