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Droit des affaires

Les 5 erreurs les plus courantes dans les contrats de bail commercial OHADA

Me. Aminata Touré24 mars 20268 min
Les 5 erreurs les plus courantes dans les contrats de bail commercial OHADA

Image : Unsplash (licence libre)

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Introduction

Le bail commercial — appelé « bail à usage professionnel » dans la terminologie OHADA — est régi par les articles 101 à 134 de l'Acte uniforme portant sur le droit commercial général (AUDCG), révisé en 2010. Ce texte s'applique dans les 17 États membres de l'OHADA et constitue le cadre juridique de référence pour toute location de locaux à usage commercial, industriel ou artisanal.

Malgré cette harmonisation, de nombreux contrats de bail contiennent des erreurs qui exposent bailleurs et preneurs à des litiges coûteux. Voici les cinq erreurs les plus fréquentes et les moyens de les éviter.

Erreur n° 1 : Clause de résiliation mal rédigée ou absente

Le problème

Beaucoup de baux commerciaux ne prévoient pas de clause de résiliation claire, ou contiennent des clauses résolutoires automatiques qui sont contestables devant les juridictions OHADA.

Ce que dit le droit OHADA

L'article 133 de l'AUDCG encadre strictement la résiliation du bail. Le bailleur ne peut demander la résiliation que pour des motifs légitimes et sérieux, notamment le défaut de paiement du loyer. Même en présence d'une clause résolutoire, le preneur bénéficie d'un délai de grâce : le bailleur doit mettre le preneur en demeure par acte extrajudiciaire et lui accorder un délai d'un mois pour régulariser la situation.

La bonne pratique

Rédigez une clause de résiliation qui :

  • Énumère précisément les cas de résiliation (défaut de paiement, sous-location non autorisée, changement d'activité)
  • Prévoit la procédure de mise en demeure préalable conformément à l'article 133
  • Fixe des délais réalistes et conformes aux dispositions impératives de l'AUDCG
  • Mentionne les conséquences de la résiliation (restitution des lieux, sort des aménagements)

Erreur n° 2 : Absence ou irrégularité de la clause d'indexation du loyer

Le problème

De nombreux baux commerciaux fixent un loyer sans prévoir de mécanisme de révision, ou prévoient une indexation sur des indices inadaptés ou inexistants localement.

Ce que dit le droit OHADA

L'article 116 de l'AUDCG prévoit que le loyer peut être révisé à la demande de l'une des parties, à condition que le bail ait duré au moins trois ans. La révision doit être fondée sur une variation de la valeur locative d'au moins un dixième.

La bonne pratique

  • Prévoyez une clause de révision périodique (annuelle ou triennale)
  • Référencez un indice officiel publié dans le pays concerné (indice des prix à la consommation de l'institut national de statistique)
  • Fixez un plafond de révision pour protéger le preneur (par exemple : la hausse ne peut excéder 10 % par an)
  • Précisez la procédure de notification et le délai de réponse

Erreur n° 3 : Omission de l'état des lieux d'entrée et de sortie

Le problème

L'absence d'état des lieux contradictoire est l'une des sources de contentieux les plus fréquentes en matière de bail commercial. Sans ce document, il est difficile de déterminer qui est responsable des dégradations constatées en fin de bail.

Ce que dit le droit OHADA

L'AUDCG ne rend pas l'état des lieux obligatoire de manière explicite, mais l'article 110 impose au preneur de restituer les locaux dans l'état où il les a reçus, sauf vétusté normale. Sans état des lieux d'entrée, la charge de la preuve devient problématique.

La bonne pratique

  • Réalisez un état des lieux contradictoire détaillé, signé par les deux parties, à l'entrée et à la sortie
  • Annexez des photographies datées au procès-verbal
  • Décrivez précisément l'état des murs, sols, plafonds, installations électriques et sanitaires
  • Mentionnez les équipements présents et leur état de fonctionnement
  • Conservez ces documents pendant toute la durée du bail et cinq ans après sa fin

Erreur n° 4 : Durée du bail inadaptée ou clauses de renouvellement floues

Le problème

Certains baux commerciaux sont conclus pour des durées trop courtes (un ou deux ans), ce qui prive le preneur de la protection offerte par le droit au renouvellement. D'autres ne précisent pas les conditions de renouvellement, créant une insécurité juridique.

Ce que dit le droit OHADA

L'article 123 de l'AUDCG accorde au preneur un droit au renouvellement du bail, à condition qu'il ait exploité le fonds de commerce dans les locaux pendant au moins deux ans. Le bailleur qui refuse le renouvellement doit payer une indemnité d'éviction, sauf motif grave et légitime.

Le preneur doit demander le renouvellement par acte extrajudiciaire au moins trois mois avant l'expiration du bail (article 124).

La bonne pratique

  • Fixez une durée initiale d'au moins trois ans pour sécuriser l'exploitation
  • Précisez les conditions de renouvellement (tacite reconduction ou renouvellement express)
  • Mentionnez le délai de préavis pour demander ou refuser le renouvellement
  • Indiquez les modalités de calcul de l'indemnité d'éviction en cas de non-renouvellement
  • Rappelez le droit au renouvellement prévu par les articles 123 à 127 de l'AUDCG

Erreur n° 5 : Conditions de cession du bail non encadrées

Le problème

Le preneur qui cède son fonds de commerce doit pouvoir céder le bail qui y est attaché. Or, de nombreux baux interdisent totalement la cession ou imposent des conditions si restrictives qu'elles reviennent à une interdiction de fait.

Ce que dit le droit OHADA

L'article 111 de l'AUDCG dispose que le preneur peut céder son bail à l'acquéreur de son fonds de commerce. Toute clause interdisant la cession du bail en cas de cession du fonds de commerce est réputée non écrite.

Toutefois, la cession du bail seul (sans le fonds de commerce) peut être interdite ou soumise à l'accord du bailleur.

La bonne pratique

  • Distinguez clairement la cession du bail liée à la cession du fonds de commerce (qui ne peut être interdite) de la cession isolée du bail
  • Prévoyez une clause d'agrément du cessionnaire par le bailleur pour la cession isolée
  • Fixez un délai raisonnable pour que le bailleur donne ou refuse son agrément (15 à 30 jours)
  • Précisez que le cédant reste solidairement responsable du paiement du loyer pendant un délai déterminé après la cession

Conclusion

Un bail commercial bien rédigé est un gage de sécurité pour les deux parties. Les dispositions de l'AUDCG sont d'ordre public pour la plupart : elles s'appliquent même si le contrat prévoit le contraire. Il est donc essentiel de rédiger chaque clause en conformité avec le droit OHADA et de se faire accompagner par un professionnel du droit pour éviter ces erreurs qui, en cas de contentieux, peuvent coûter bien plus cher que les honoraires d'un conseil.

Sources :

  • Acte uniforme OHADA portant sur le droit commercial général (AUDCG), révisé le 15 décembre 2010
  • Articles 101 à 134 de l'AUDCG relatifs au bail à usage professionnel
  • Jurisprudence CCJA, Arrêt n° 022/2012 du 15 mars 2012
  • OHADA.com — Portail du droit des affaires en Afrique

Images : Unsplash (licence libre)

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